Apothéose du dormeur réveillé

Un matin encore, au réveil. C’est en exécutant ce geste quotidien –le lever, en ces instants que je considère comme les plus désagréables du jour, que se produisent les événements majeurs de mon existence. Invétéré lève-tard, c’est un fait, je subis les révélations d’envergure de bonne heure et au tomber du lit ; de préférence, triste constat, bien avant d’avoir l’opportunité de passer en état de veille dignement, dans le calme convenant à si délicate affaire… Matin donc, je ronfle allègrement dessous l’oreiller pour prévenir toute incidence de la caserne de pompiers voisine sur la qualité de mon repos. Je m’étire dans les songes, remue paresseusement les membres, ronronne pour moi-même du parfait confort égoïste produit par le sommeil lourd. Et bug ! Hurlement. Cri perçant le blindage du douillet duvet supposé insonorisant. On m’attaque en traître, plein mon talon d’Achille, sans pitié alors que je suis à poil à roucouler, sans défense sciant d’admirables bûches ! Batterie de hurlements, orgues de Staline, furie aiguë de décibels à bout portant m’écrabouillent sans sommation l’ouïe, les tympans. Quiétude knock-out, grasse matinée tuée dans l’œuf. Pas les sapeurs ni les éboueurs mais Madame. Qui d’autre pourrait, je ne me connais pas d’ennemi si vache.
Un instant, je doute, me pince : Madame, justement parce qu’elle est ma belle élue, ne briserait pas ainsi la bonne entente, notre saint pacte de non-agression commune des premières heures. Elle matinale, moi non plus, on sait faire avec depuis notre second réveil ensemble. Amour oui, mais respect dans les différences. Tolérance d’abord. A elle le surmenage, la parlotte, la frénésie communicative, les chansons sous la douche et l’entrain fabuleux généré par les premiers rayons de soleil. Pour moi le silence, la pondération brumeuse, la lenteur, la mise en marche ultra-progressive, les grognements introspectifs jusqu’à la troisième tasse de café incluse et la douche passée. Une fois seule depuis que je partage ma vie avec Madame une désastreuse intersection de nos modes matinaux respectifs s’est produite. Carambolage, accident du tonnerre. Une fois unique : le premier matin. Aussitôt, on s’est entendus, mis au parfum pour toujours. Total respect ! et à chacun son horloge… Clause exceptionnelle ? L’urgence, le pépin.
Ce samedi, ce matin, les rugissements stridents qui m’achèvent m’invitent à une déduction immédiate en raison de la clause sus-mentionnée : pépin. Sous l’oreiller, glacé entre les deux feux de terreur d’être ainsi tiré du lit et qu’il soit arrivé quelque fait ignoble au bercail, je lance ma raison de réserve, ma mémoire virtuelle capable en toutes circonstances de lister les données utiles à la prise de décision sur le vif. Sujet ? Madame. Provenance ? Salle de bain. Heure ? non déterminée. Destinataire ? ma pomme. Puis, mis en branle par automatisme de sécurité, je tente une surface pour affiner les renseignements. Une paupière, deux : heure ? probablement pas encore huit heures ! Je dresse la tête, libérant du coup mes deux organes auditifs de la protection fournie par l’oreiller : degré d’urgence ? très élevé ! Bien cela, Madame hurle à mon adresse depuis la salle de bain ; à en juger par les basses fréquences, il est probable qu’elle arpente ce faisant le carrelage en un terrible va et vient. Je me redresse carrément dans le lit. Un nouveau retour ? Non, ça va, suis parfaitement normalement dans les choux pour l’heure, sans la moindre envie autre que de regagner pour le finir correctement mon doux somme. Alors quoi, le feu ? je sens que dalle. Non, non, sûr c’est Madame et qu’elle seule. Bobo ? Gros bobo ? S’est amputée d’un orteil en se limant les ongles ? Ebouillantée par sa tasse de thé qu’elle prend en même temps que son bain ? Apparition intempestive d’un cafard, d’une araignée ? S’est-elle éborgnée à coup de mascara ? S’est-elle finalement brûlé l’arrière-train par une application excessive de lotion activation super-tonique de la régénération cellulaire caféinée anti-peau d’orange ? A pris le flacon anti-calcaire pour son démaquillant ? Là, assis en pleine agression sonore, je comprends la gravité du moment mais suis encore trop fraîchement deshiberné. Je me monte une galerie d’images tout à fait gores traitant des châtiments pouvant être infligés à une femme qui cherche à trop vouloir prendre soin de son corps… C’est connu, biblique, péché capital ! …la colère du lavabo, l’épilateur qui se rebelle, les masques de nuit furieux, les rouges à lèvres rendus assassins, le fond de teint devenu venimeux… Tout l’outillage, l’effarant attirail encombrant les étagères de la salle d’eau subitement hostile, manipulé pour punir Madame par d’invisibles mains démones ! Vrai qu’il y a de quoi faire ! pinceaux, cisailles en tous genres, vitamines, enzymes, oligo-éléments, essences, acides, potions, diluants, pierres-ponce, vernis, j’en passe. Dangereux de s’improviser apprenti-sorcière, de jouer avec la nature ; en certains temps c’était très hérétique !
Je lui dis pourtant à Madame, qu’elle est très convenante, que dis-je sublime, dans son plus simple apparat. C’est malheureux de pas pouvoir mettre le nez dehors s’il est pas à point saupoudré, de pas savoir aller se promener en forêt sans s’être au préalable lavé, après-shampouiné, trois fois rincé, reteinté, puis laborieusement séché les cheveux. Je trouve et dis à Madame : pas très naturel, manque de simplicité ! Elle est très belle comme ça, faut pas tenter le diable, tirer par les cheveux, se tirer de trop à quatre épingles… Les cuisses, culs et autres sur papier glacé, c’est chiqué via Photoshop ; les kilos à perdre reviennent avec les beaux jours, les ventres plats sont pour après Noël… tu parles de scoops, si je connais le poème ! Encore heureux que Madame soit tombée sur un fauché, parce que les méthodes high-tech ruineuses à souhait courent littéralement les rues : adolescentes de dos, sexagénaires en face ; les adresses ne manquent pas pour se faire électro-pomper, micro-onduler, laseriser, fibro-dérider, silico-sculpter. Pas besoin d’aller jusque là, on peut se ravager avec les moyens du bord ! L’échelle des soins de beauté est élastique comme une gaine amincissante. Et voilà, pour Madame conjointe d’un gus aux revenus décents mais moyens, ça tourne mal, faut rendre compte quand même elle a pas un lifting à son actif. Un matin comme d’autres quand on a trop abusé des miroirs de poche et des onguents miracle, on s’attife, on récure, on se prépare mille fois mieux que sa première poupée Barbie et vlan, la séance se transforme en un petit jugement dernier… Les cieux se vengent de la mascarade, décident de descendre un peu corriger la marionnette. La main de dieu qui recoiffe, ça doit avoir son effet ! Là, Madame, par exemple, elle regrette ses fautes à gorge déployée.
Mais non, ni trompettes ni cornes de la Bête, Madame fait irruption dans la chambre, pas ensanglantée, pas priante ni plus pieuse que d’ordinaire. Pas coiffée, pas arrangée. Une sirène, ce matin, ma tendre, façon pompier plutôt que marine ! Elle me tousse au visage en retroussant large les babines, m’évente de ses mots irréversibles, me secoue de sa panique :
- « Rudolf… Je-suis-en-cein-te… EN-CEIN-TE ! »
Corsée tirade. Arabica pas coupé. Essence de concentré d’expresso ! L’Apocalypse reléguée petit lait, nuage mièvre et freluquet dans l’ouragan. Ca, du réveil ! De quoi égayer la monotonie matinale… Au souvenir seul, je frissonne, sue, me ronge les sens peaux et ongles ensemble. Mais sur l’instant, empâté dans mes fantasmagories chrétiennes, droit sur la couette, la strophe de Madame, le machin fatidique en plastique qu’elle me brandit sous le nez en guise de preuve irréfutable et ses airs d’Amazone désarçonnée, tout cela me soulage. Infiniment. Je glousse un gros, un languissant ouf cependant que mes vertèbres relâchent une à une leur tension et que l’oreiller me récupère. Ouf. Que ça. A moi le douillet duvet des plumes encore et encore… écoutilles fermeture toutes ! plongée ! fausse alerte ! retour aux songes ! Pas même je ne prends le temps de lui exprimer mon émotion, à Madame. Elle s’en trouve d’ailleurs si émue pour son compte, que je l’entends très vaguement déguerpir en scandant son incrédulité dans la quiétude du samedi matin regagné. Elle enceinte, moi dodo.


8 Comments:
Hello
New Game
http://italiagame.org
G'night
http://italiagame.org/site
Hi. Alone on Valentine's Day? Adult Live Chat & movie pages Try to find partner in your area!
for fun
Search engines try it
Casino
viagra
tramadol
cialis
Hi. Use these helpful search engines TFO search & sex and try to find all you need in your area!
Enjoy
Latest news. Viagra, cialis
viagra
cialis
tramadol
hi, confettis-quiet.blogspot.com!
[url=http://viagrade.fora.pl/] viagra bestellen ohne rezept[/url] [url=http://deviagra.fora.pl/] viagra bestellen [/url] [url=http://viagrakaufen.fora.pl/] viagra rezeptfrei[/url] [url=http://viagrabestellen.fora.pl/] viagra kaufen online[/url] [url=http://viagradeb.fora.pl/] viagra [/url] [url=http://viagradea.fora.pl/] viagra bestellen online[/url]
I love to play in online casinos, almost any of the games are fun your sites has a lot of info. Will visit you again.
Enregistrer un commentaire
Links to this post:
Créer un lien
<< Home