mercredi, novembre 01, 2006

Manikarnika Ghât


Passés les hordes de sadhus, de barbiers, de barboteurs, bateliers et escrocs en tous genres qui sévissent le long des ghâts de la vieille ville, on accède à Manikarnika -petite base en retrait et à l’ombre de hautes bâtisses.

Bois, bois partout, des cendres. Une meute de chiens en furie déboule, poursuivant un rebelle canin; puis, quatre buffles. Le tout animal se jette dans les eaux sacrées. Un troupeau de poissons-chats vient sucer les fourrures, les poils. Odeur de volaille grillée... (Gangika Fried Chiken) fumées et crépitements; nous y sommes.

Un vaste balcon sur lequel se tiennent les membres masculins des familles des défunts -tous vêtus de blanc; impassibles ou penchés comme curieux aux balustrades -ici larmes interdites. Sur les escaliers qui mènent au Gange, quatre cadavres attendent leur tour de broche sous le kâgnard, enveloppés dans des linceuls dorés et reposant sur des brancards en bambou. Quatre bûchers flambent. Dans l’un, ne reste qu’un crâne parmi les bûches (boule de carbone dont seule la tension des traits rappelle qu’elle fût tête). Second vide -vient d’être allumé; troisième, un homme s’affaire à l’aide d’une perche de bambou: à grands coups, il brise du cadavre. Au bout d’un tibias calciné, un reste de chair, un semblant de peau, un pied. Le reste impossible à identifier, sinon une cuisse oubliée d’abord par les flammes et dont le sang se met subitement à grésiller. Dernier bûcher où l’on vient de déposer le bénéficiaire, le préposé au ciel via les cendres. Au fur et à mesure, le feu désagrège le suaire cependant qu’il ronge le dos et toute la partie postérieure du corps. On découvre d’abord des orteils, un pied puis deux et puis qui flambent. Fumées grasses, la tête se montre en même temps que le reste, un coup de vent faisant voler ce qui subsiste du suaire: une femme (simple affirmation d’ailleurs, ne reposant que sur de menues observations...).

Une escorte de femmes descend les marches et l’on entend non pas des sanglots, mais des hurlements de douleur. Il s’agit d’une mère faisant ses adieux à son fils (Note: les épouses n’ont désormais plus accès aux lieux de crémation, car trop d’entre elles étaient tentées par les flammes...). Les lamentations maternelles; l’estomac du fiston qui éclate comme un ballon gonflé aux gaz d’échappement; les spectateurs du balcon; moi dans un coin; le Gange en ogre liquide et sacrement affamé... Rien de sordide cependant. Tout semble terriblement ordinaire . La pudeur de nos enterrements occidentaux -dits civilisés- m’apparaît soudainement grotesque, davantage absurde que ce qui se passe ici. Ici où la vie s’achève en fumée; une fumée qui, osons le dire, n’est nullement nauséabonde...

1 Comments:

Blogger John-Michael said...

great blog..keep up thr good work

10:05 PM  

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